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Cinéma / “Joueurs“ Un film de Marie Monge

 

Ce film, d’une jeune réalisatrice autodidacte, sur les écrans depuis le 4 juillet, a été inspiré d’une expérience personnelle passée d’observation de cercles de jeu parisiens. Pas sûr que ces cercles de jeu, du moins sous cette forme, existent encore de nos jours. Une chose est sûre, l’addiction aux jeux de hasard et d’argent est une réalité, et c’est bien de ça dont il s’agit ici.

Ella est une jeune femme qui semble responsable, travaille dans le restaurant de son père, fait le service, gère la caisse et est chargée de recruter le personnel de service. Abel se présente un jour, débarquant de nulle part, et insiste pour faire un essai le soir même. Il est charmeur, beau parleur, extraverti, à l’inverse de la jeune femme qui semble plus réservée et sérieuse.

Après un premier essai concluant, Abel, dès la fin du premier service, pique dans la caisse, et Ella se met à sa poursuite. Il réussit alors à négocier avec elle en lui proposant de le suivre dans un cercle de jeu, de jouer l’argent qu’il lui a volé, et de partager les gains. La jeune femme le suit en y consentant à moitié, mais se prend au jeu. Les gains de ce premier soir sont importants. Une complicité se met en place entre les deux personnages qui continueront à jouer ensemble et deviendront amoureux l’un de l’autre. Tout se passe au mieux pour les deux tourtereaux tant que, bien entendu, les dettes de jeu ne s’accumulent pas. Tout commence à se compliquer quand on finit par jouer pour retomber financièrement sur ses pattes. C’est ce qu’il va se passer ici. Ella se rend compte qu’Abel a perdu le contrôle de sa consommation de jeux d’argent, et ce depuis longtemps, qu’il est accro et n’arrive pas à s’arrêter. Elle semble plus en contrôle du jeu que lui, mais c’est son amour pour Abel qui l’emporte. Son addiction à elle, c’est Abel, malgré la dépendance du jeune homme et les ennuis financiers dans lesquels elle se retrouve par sa faute. Ca y est, la co-dépendance est en place…

Dans ce film, on comprend que l’addiction au jeu de hasard et d’argent ne se limite pas à une soif de gagner, mais à un besoin d’adrénaline qui précède la résolution du pari et de dopamine qui accompagne la victoire. « Tu crois que c’est pour l’argent qu’on joue ? » demande Abel à Ella qui pensait elle que c’était tout l’enjeu des paris. Non, ce qui motive les joueurs, quelque soit leur milieu social et les gains ou pertes qu’ils accumulent c’est de retrouver ce flash d’adrénaline quand les cartes sont déposées sur le tapis ou quand la petite boule tourne avant de s’arrêter. Même si le gain est essentiel à la poursuite de l’activité, et que les pertes peuvent, en fonction de leur niveau, engendrer de grandes difficultés de vie, l’envie de jouer va rester la même si l’addiction s’est installée. Perdre fait alors partie du jeu et ne fait qu’alimenter l’espoir de se “refaire“.

Bien entendu, on comprend que l’addiction d’Abel pour le jeu rejaillit d’autant plus sur Ella que celle-ci n’arrive pas à se détacher de lui. Elle accepte tout de lui, fait tout pour lui éviter des ennuis et se met elle-même en danger.

Difficile d’entrevoir dans cette histoire une porte de sortie, et même si une réunion de Joueurs Anonymes est présentée à un moment du récit, et qu’Ella y participe, c’est uniquement pour mettre la main sur un des joueurs et le piéger pour satisfaire un recouvreur de dette qui menace le couple Abel/Ella…

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