Essai / “Le plaisir d’arrêter de fumer“ du Pr Bertrand Dautzenberg

Addiction  - Essai / “Le plaisir d’arrêter de fumer“  du Pr Bertrand Dautzenberg

Couverture

 

Le professeur Dautzenberg fait le pari que la lecture de ce petit ouvrage de cent soixante pages, qui tiennent dans une poche ou même dans le creux d’une main, peut guider les fumeurs de tabac vers un sevrage total sans leur faire payer leur décision passée d’avoir commencer une consommation tabagique dont la toxicité n’est plus à démontrer. Bertrand Dauzenberg fait le pari du plaisir d’arrêter de fumer, c’est à dire non seulement le plaisir d’être non fumeur, mais aussi et surtout la possibilité de se sevrer sans la douleur de la frustration, de la lutte permanente contre cette irrésistible envie de s’allumer une cigarette, sans le stress et la tension qui accompagnent le manque, sans le risque de boulimie, en résumé sans que la période de sevrage soit la chronique d’une souffrance annoncée. Il nous explique que “Glorifier la douleur de l’arrêt est vraiment inutile au moment où l’on peut conduire chez l’immense majorité des fumeurs cet arrêt sans douleur, comme cela est décrit dans ce livre.“

Lutter contre l’envie de fumer peut paraître courageux et même vertueux car il glorifie la fameuse “motivation “ : “Il a arrêté à la seule force de sa volonté“, “Il a su résister à l’appel du tabac“, etc… Mais cette lutte mobilise beaucoup d’énergie et est source souvent de contrariétés pour soi et son entourage, sans compter le découragement possible ou la dépréciation personnelle quand l’échec est là. Alors le Professeur propose de “garder son énergie pour supprimer de la façon la plus agréable possible l’envie de fumer“. Il précise : “Aussi longtemps que vous êtes capable de fumer jusqu’au bout une cigarette sans dégoût, je vous conseille de la fumer, mais de prendre les mesures pour réduire l’envie de fumer la suivante.“.

Car il s’agit bien de cela : se débarrasser de l’envie de fumer pour pouvoir se débarrasser du tabac, et non le contraire. Le processus est cohérent sur le papier : se gaver de nicotine orale pour rassasier les récepteurs nicotiniques du cerveau qui se sont développés au cours des années. Ces récepteurs, qu’il compare à une meute de chien, aboient pour avoir leur dose de nicotine. Il faut donc les faire taire et les endormir pour qu’ils restent à la niche… Les récepteurs étant alors saturés, l’envie impérative de fumer disparaît, et la cigarette fumée dégoutte. Reste bien sûr les trois ou quatre “clopes“ liées à des automatismes, clopes qui sont peut-être celles dont on peut se débarrasser le plus facilement.

Pour gaver ses récepteurs nicotiniques, Bertrand Dautzenberg dresse la liste des substituts nicotiniques classiques, patchs, gomme à mâcher, mais propose aussi d’aller vers la cigarette électronique dont l’opinion publique a tort de se méfier autant. “Les vapoteurs m’ont appris la sortie du tabac par le plaisir.“ nous dit-il, et aux sceptiques il leur suggère l’image du passager d’un avion en feu qui refuserait de sauter en parachute car il a entendu dire que le saut en parachute pouvait être dangereux… En bref, la e-cigarette est une porte de sortie possible, à moindre risque, du tabagisme. N’ayons pas peur, nous dit le professeur, malgré toutes les campagnes de dénigrement…

Il s’agit de trouver le substitut que nous convient, quitte à en associer plusieurs, mais surtout faire très attention à ne pas être sous dosé en nicotine. Souvenons-nous de la meute de chien prête à aboyer.

Bien entendu, il s’agira à terme, pour ceux qui le souhaitent, de se débarrasser des substituts nicotiniques, mais en attendant le plus gros a été fait, c’est à dire se débarrasser des dégâts sanitaires de la fumée du tabac, et prendre du plaisir en tant qu’ex-fumeur désormais.

Bertrand Dautzenberg nous explique dans cet ouvrage de façon très didactique et éclairée comment marche le processus biologique de l’addiction au tabac, et comment l’inverser. La méthode est cohérente, et il serait dommage de ne pas s’y intéresser et même de ne pas tenter le coup. Mais bien entendu, ce n’est que le début du chemin vers un sevrage complet et durable, alors attention à ne pas être tout de même trop présomptueux… L’arrêt du tabac ne tient pas du miracle, alors il faut mettre toutes les chances de son côté…

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