Récit / “L’infiltré“ de Hubert Avoine

12 avril 2017

Addiction  - Récit / “L’infiltré“ de Hubert Avoine

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C’est avec la participation du journaliste au pôle Enquêtes du journal Libération, Emmanuel Fansten, que ce récit a pris forme. Publié début mars aux Editions Robert Laffont, il est sous-titré “De la traque du Chapo Guzman au scandale français des stups“. Vaste programme de révélations, qui fait suite à une lettre envoyée début octobre 2015 par Hubert Avoine au procureur de la République François Molins. Cette lettre dénonce les pratiques douteuses du commissaire François Thierry, ex-directeur de l’OCRTIS (Office Central pour la Répression du Trafic Illicite de Stupéfiants) pour lequel l’auteur a travaillé, et est accompagnée d’une plainte contre X pour «escroquerie en bande organisée» et «mise en danger d’autrui». Une enquête fera suite à cette lettre et conduira au placement en garde à vue, la veille de la sortie du livre, du commissaire Thierry soupçonné d’avoir organisé la mise en place de trafics pour mieux mettre la main dessus et procéder à des arrestations en grand pompe, dont celle qui fit suite à une saisie record de sept tonnes de cannabis en plein Paris.

Mais qui est Hubert Avoine ? Sûrement pas un agent de police infiltré et entouré d’un service qui le couvre envers et contre tout, mais un informateur isolé. “Techniquement, je ne suis pas flic, donc pas infiltré. Mais les règles du jeu sont exactement les mêmes. Et les risques encore plus élevés”, nous explique-t-il pour nous faire comprendre que les avantages ne sont pas accompagnés d’une protection sans faille, même si le travail consiste bien à récolter des informations et à les transmettre à ses supérieurs au péril de sa vie, comme tout agent infiltré.

Tout commence en 2006 après une incarcération de deux mois suite à un conflit avec sa femme usagère de cocaïne. A sa sortie de prison, il propose ses services en échange du soutien dont il a besoin pour l’obtention de la garde de ses enfants. Sa première mission consiste à infiltrer des trafiquants mexicains pour récolter des informations nécessaires à la libération d’Ingrid Bétancourt. S’en suivront de nombreuses rencontres au sein du milieu des narcotrafiquants. De Gabriella Vazquez, comptable entre autre du cartel du Sinaloa, à Oliviero Guerrero, autre narcotrafiquant, en passant par Ivan Guzman, fils et associé du fameux “El Chapo“ Guzman, Hubert Avoine a su faire sa place et remplir ses missions avec succès, sans se faire repérer.

Il travaillera successivement pour la DCPJ (Direction Centrale de la Police Judiciaire), le SIAT (Service Interministériel d’Assistance Technique), mais aussi la DEA (brigade des stups américaine), et surtout l’OCRTIS, objet de tous les soupçons.

“L’infiltré“ participe à des opérations de blanchiment d’argent, à des opérations d’importation illégale de drogues, et fait son travail tout en se rendant compte petit à petit qu’il est au service d’un homme, François Thierry, à la tête d’une administration d’état qui, non seulement traque les trafics, ce qui est son rôle, mais peut les mettre en œuvre de bout en bout et se servir probablement au passage. Certains passeurs sont arrêtés suite aux infiltrations, mais d’autres passent et distribuent en passant un petit pourcentage financier à un chef de service corrompu. Voilà tout ce que dénonce un ouvrage qui constitue en soi une pièce à conviction non négligeable dans un dossier complexe qui raconte comment la prohibition et le trafic qu’elle entretient jettent le trouble, à raison, dans l’idée que l’ont peut se faire des forces dit “du bien“ et celle dit “du mal“, idée qui laisserait penser qu’il y a les méchants trafiquants d’un côté et les gentils policiers et gendarmes de l’autre.

Hubert Avoine avoue : “J’étais devenu complice d’un système qui, au prétexte de lutter contre le trafic de drogue, contribuait à sa diffusion massive. Jusqu’à la rupture, aussi brutale que violente.“

Affaire judiciaire à suivre…

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