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Roman / “Cartel“ de Don Winslow

  L’auteur de ce roman dédie son livre aux 128 journalistes assassinés ou « disparus » au Mexique pendant la période que couvre l’oeuvre, c’est à dire de 2004 à 2012. Cette longue liste nous donne une idée du contenu du récit, de plus de 700 pages, dont on ne peut s’attendre à ce qu’il soit à l’eau de rose. Ce roman…

Addiction  - Roman / “Cartel“ de Don Winslow

couverture

 

L’auteur de ce roman dédie son livre aux 128 journalistes assassinés ou « disparus » au Mexique pendant la période que couvre l’oeuvre, c’est à dire de 2004 à 2012. Cette longue liste nous donne une idée du contenu du récit, de plus de 700 pages, dont on ne peut s’attendre à ce qu’il soit à l’eau de rose. Ce roman est la suite de “La griffe du chien“, roman paru en 2000 qui courait lui sur une période de vingt cinq ans, roman où Don Winslow mettait déjà en opposition les deux protagonistes de “Cartel“ : l’un, Art Keller, avait fini par arrêter l’autre, Adàn Barrera.

“Cartel“ démarre donc en 2004 où l’on retrouve Art Keller, dit “Le Seigneur de la frontière“,moitié américain moitié mexicain, ex-agent de la DEA (Brigade des stupéfiants américaine) retiré dans un monastère sous une fausse identité. Il s’occupe paisiblement de ses ruches et n’a qu’une envie c’est de ne plus avoir à faire aux cartels mexicains qu’il a combattus pendant une trentaine d’années pour une guerre dans laquelle il a perdu beaucoup.

Son ennemi de plus de trente ans, Adàn Barrera, dit “Le Seigneur des Cieux“, narco-trafiquant en chef du cartel du Sinaloa, est lui détenu dans une prison Californienne dont il s’échappe au tout début du roman. L’homme est clairement le pendant fictionnel de Joaquin Guzman, dit “El Chapo“, fameux baron de la drogue, bien réel, chef lui aussi du cartel de Sinaloa et grand habitué des évasions. Il est actuellement détenu au Mexique avec un projet d’extradition dans une prison américaine.

Cette fuite d’Adàn Barrera va alors relancer la traque entre les deux hommes qui se haïssent et veulent se faire mutuellement la peau, tout ceci bien entendu sur fond de guerre à la drogue et de lutte de territoires entre cartels mexicains, où Barrera veut reprendre les choses en main.

“Le prétendu problème mexicain de la drogue est en fait le problème américain de la drogue“, point de vue que Don Winslow n’est pas le seul à défendre en partant du principe que l’offre n’est que la résultante de la demande, et que cette demande se trouve essentiellement au nord, de l’autre côté de la frontière américano-mexicaine. L’ouvrage nous propose d’ailleurs une carte détaillée du Mexique qui permet de situer les enjeux. Car tout est là : tenir ou récupérer des points d’entrées stratégiques vers les Etats-Unis pour y acheminer illégalement cannabis, cocaïne, héroïne ou méthamphétamine…

Ce roman laisse une grande place à la description des enjeux économiques du trafic mais aussi aux mécanismes des conflits armés qui opposent entre eux les différents cartels (Etats dans l’Etat qui possèdent leur propres bras armés lourdement équipés), mais les opposent aussi à la police, l’armée mexicaine, les groupes d’autodéfense, et enfin la DEA américaine… Dans cette affaire, les femmes ont aussi leur mot à dire et le roman leur fait une place de choix. Tout est aussi question de politique dans un pays où malheureusement la corruption est toujours d’actualité et l’état de droit mis à mal.

Ici, même si l’ensemble des noms des protagonistes ont été changés, les lieux, les organisations criminelles, et les enjeux sont bel et bien réels. On entre dans cette guerre comme si on y était, avec cette sensation tout à fait légitime de complexité des liens qui unissent les hommes ou femmes pris au piège d’un conflit qui les dépasse et nous échappe souvent. Cette sensation rejoint la réalité d’une situation macabre qui a déjà fait des milliers de morts avec un degré de violence qui a atteint des sommets et où presque rien n’est sous contrôle. Une “guerre contre la drogue“ perdue d’avance, qui montre ici, une fois de plus, ses grandes limites, et à laquelle l’auteur n’hésite pas à exprimer haut et fort sa plus grande opposition…

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