Aux États-Unis, les habitudes de consommation de substances psychoactives évoluent rapidement, avec une augmentation marquée de l’usage de cannabis chez les adultes, parallèlement à une diminution de la consommation d’alcool. Un article récent du JAMA examine cette évolution et ses conséquences sanitaires, à partir des données de l’enquête nationale Monitoring the Future et des analyses de plusieurs experts en addictologie.
Entre 2015 et 2025, la proportion des 19-30 ans déclarant avoir consommé du cannabis au cours de l’année est passée de 31 % à 42 %. Chez les 35-50 ans, elle a presque doublé, passant de 16 % à 30 %. La consommation quotidienne progresse également : en 2025, près de 12 % des 19-30 ans déclaraient consommer du cannabis chaque jour, contre moins de 3 % pour l’alcool. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de légalisation du cannabis récréatif dans 24 États américains, favorisant son accessibilité et sa commercialisation, mais également une diminution de la perception des risques associés.
Parallèlement, la consommation d’alcool diminue. Chez les 35-50 ans, la prévalence de l’usage quotidien est passée de 10 % à 7 % entre 2015 et 2025, tandis qu’elle reculait de 5 % à moins de 3 % chez les jeunes adultes. Cette diminution pourrait notamment refléter une meilleure connaissance des conséquences sanitaires de l’alcool, particulièrement de ses effets cancérogènes. Toutefois, les données ne permettent pas de conclure à une substitution entre alcool et cannabis. Au contraire, les consommations concomitantes semblent également progresser.
Cette augmentation de l’usage de cannabis soulève plusieurs préoccupations sanitaires. Selon Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse (NIDA), la consommation quotidienne est fortement associée au risque de trouble de l’usage de cannabis. En 2024, parmi les consommateurs de cannabis, 36 % des hommes et 27 % des femmes présentaient un tel trouble, contre respectivement 19 % et 13 % de troubles de l’usage d’alcool parmi les consommateurs d’alcool.
Les risques psychiatriques occupent une place importante, notamment les associations avec les troubles psychotiques, la schizophrénie, les difficultés cognitives et les comportements suicidaires. Ces risques semblent particulièrement élevés chez les jeunes adultes, les personnes présentant une vulnérabilité psychiatrique et les consommateurs de produits fortement concentrés en THC. La puissance des produits constitue une préoccupation croissante : certaines préparations concentrées peuvent atteindre 90 % de THC.
L’article souligne également les complications somatiques, notamment cardiovasculaires, ainsi que l’augmentation des syndromes d’hyperémèse cannabinoïde, responsables de vomissements sévères et répétés. Les accidents routiers constituent une autre préoccupation.
Les experts préconisent donc de renforcer la prévention et le repérage clinique des usages problématiques, notamment en interrogeant systématiquement les patients sur la fréquence, les modalités et les conséquences de leur consommation. Ils recommandent également de retarder l’initiation du cannabis, idéalement après 25 ans, de réduire la fréquence d’usage et de privilégier des produits moins concentrés en THC. Une réglementation plus stricte de la publicité et une taxation proportionnelle à la teneur en THC sont également évoquées.
En conclusion, si le cannabis présente probablement une dangerosité globale inférieure à celle de l’alcool et du tabac à l’échelle populationnelle, la banalisation de son usage, particulièrement quotidien et à fortes concentrations en THC, pourrait entraîner une augmentation substantielle de ses conséquences sanitaires.
Par Samantha ANDERER
En savoir plus : Adults Are Using Cannabis Far More Frequently—What Are the Risks? DOI : 10.1001/jama.2026.20713