Aller au contenu principal

Les adolescents tentent moins souvent d’arrêter le cannabis que le tabac : une moindre perception des risques

Une étude parue dans Drug & Alcohol Dependence.

Cannabis
Les adolescents tentent moins souvent d'arrêter cannabis que le tabac une moindre perception des risques

Les adolescents semblent moins fréquemment chercher à arrêter le cannabis que les produits nicotiniques. Les études antérieures permettaient toutefois difficilement une comparaison directe, soit parce qu’elles étudiaient séparément les différents produits, soit parce qu’elles utilisaient des définitions différentes de la tentative d’arrêt.

Les auteurs analysent les données de la California Student Tobacco Survey 2019–2020, réalisée auprès de 162 675 collégiens et lycéens. L’analyse porte plus spécifiquement sur 25 930 adolescents ayant déclaré avoir consommé au cours des 30 derniers jours du cannabis, des cigarettes électroniques contenant de la nicotine et/ou des cigarettes conventionnelles. Pour chacun de ces produits, les chercheurs déterminent si les participants ont effectué une tentative d’arrêt au cours des douze mois précédents. Ils examinent également les liens entre ces tentatives, la perception des risques associés aux différents produits, les consommations concomitantes et plusieurs caractéristiques sociodémographiques.

Les résultats mettent en évidence une différence importante entre cannabis et produits nicotiniques. Parmi les adolescents consommateurs de cannabis, 38,7 % rapportent une tentative d’arrêt au cours de l’année précédente, contre 52,9 % des utilisateurs de cigarettes électroniques et 47,7 % des fumeurs de cigarettes. Les tentatives d’arrêt sont ainsi significativement moins fréquentes pour le cannabis que pour chacun des deux produits nicotiniques. En revanche, aucune différence significative n’est retrouvée entre cigarettes conventionnelles et cigarettes électroniques.

Plusieurs facteurs sont associés aux tentatives d’arrêt. Les auteurs ne retrouvent aucune différence selon le genre, quel que soit le produit considéré. En revanche, l’âge semble jouer un rôle spécifique pour le cannabis : les adolescents les plus âgés sont moins susceptibles d’avoir essayé d’arrêter leur consommation, alors qu’une telle association n’est pas observée pour les cigarettes ou le vapotage. Des différences selon l’origine ethnique sont également observées et apparaissent plus fréquemment pour le cannabis. De façon plus surprenante, un niveau d’éducation parentale plus élevé est associé à une moindre probabilité de tentative d’arrêt, mais uniquement pour le cannabis. Ces résultats suggèrent que les déterminants de l’arrêt ne sont pas nécessairement identiques selon les substances consommées.

Le résultat probablement le plus important concerne cependant la perception des risques. Pour les trois catégories de produits, plus les adolescents considèrent la consommation comme dangereuse, plus ils sont susceptibles d’avoir tenté de l’arrêter. Or, parmi les trois produits étudiés, le cannabis est celui qui est perçu comme le moins nocif. Les auteurs proposent donc que cette moindre perception des risques puisse contribuer à expliquer pourquoi les adolescents consommateurs de cannabis cherchent moins fréquemment à arrêter que ceux utilisant des produits nicotiniques.

Ils soulignent également le rôle possible de l’évolution des normes sociales entourant le cannabis. La légalisation croissante de son usage aux États-Unis, sa normalisation sociale et une perception plus favorable de ses effets pourraient contribuer à réduire la motivation à l’arrêt chez les adolescents. L’écart observé avec le tabac pourrait ainsi refléter non seulement des différences pharmacologiques ou addictologiques, mais également des représentations sociales très différentes des deux substances.

En conclusion, Snow et ses collègues montrent que, chez les adolescents consommateurs, la tentative d’arrêt est nettement moins fréquente pour le cannabis que pour les cigarettes ou le vapotage nicotinique. Ils suggèrent qu’une perception plus faible de la nocivité du cannabis constitue l’un des mécanismes susceptibles d’expliquer cette différence, sans toutefois pouvoir établir de lien causal à partir de ces données transversales. Les auteurs considèrent que les stratégies de prévention destinées aux adolescents devraient donc mieux prendre en compte leurs représentations des risques et les normes sociales associées au cannabis, tout en délivrant une information équilibrée et adaptée à cette population.

Par Benjamin ROLLAND

En savoir plus : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0376871626003376