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Les opportunités et les défis du traitement du tabagisme : quelle place pour les incitations financières ?

Résumé de l’éditorial de Hasmeena Kathuria, Michael C. Fiore et Danielle E. McCarthy, publié dans le JAMA le 5 octobre 2026.

Tabac
Les opportunités et les défis du traitement du tabagisme quelle place pour les incitations financières
Crédit photo : Magnific

Aux États-Unis, la prévalence du tabagisme a considérablement diminué au cours des dernières décennies, mais environ 25 millions d’adultes continuent de fumer, soit 9,9 % de la population. Cette diminution reste socialement inégale : les populations défavorisées, certaines minorités ethniques et les personnes présentant des troubles psychiatriques ou addictifs conservent des taux de tabagisme plus élevés et bénéficient d’un accès plus limité aux traitements.

Le dépistage du cancer pulmonaire par scanner thoracique à faible dose constitue une opportunité importante pour proposer un accompagnement au sevrage tabagique. En effet, 50 à 60 % des personnes bénéficiant de ce dépistage continuent de fumer. Si le dépistage permet de réduire la mortalité par cancer pulmonaire d’environ 20 à 25 %, son association à un sevrage tabagique pourrait considérablement renforcer ses bénéfices. Pourtant, malgré les recommandations, la majorité des patients ne reçoivent pas de traitement efficace de leur dépendance au tabac.

L’éditorial commente un essai clinique randomisé pragmatique publié simultanément dans le JAMA, ayant inclus 3 220 participants issus de populations socialement défavorisées, recrutés dans quatre systèmes de santé américains. Les chercheurs ont comparé quatre stratégies d’intensité croissante : une intervention minimale associant questionnement, conseil et orientation vers les soins ; cette même intervention complétée par une pharmacothérapie gratuite ; l’ajout d’incitations financières pouvant atteindre 600 dollars ; enfin, l’association de ces interventions à un outil de planification du futur par messages électroniques.

Les résultats montrent des taux d’abstinence globalement modestes, inférieurs à 10 % dans tous les groupes. Cependant, l’association pharmacothérapie et incitations financières permettait d’atteindre 8,8 % d’abstinence, contre 4,3 % avec l’intervention minimale et 5,1 % avec la pharmacothérapie seule. Ces résultats confirment l’intérêt des incitations financières, particulièrement dans les populations défavorisées, et rejoignent les conclusions d’études antérieures démontrant leur efficacité et leur rapport coût-efficacité potentiellement favorable.

Les auteurs soulignent néanmoins plusieurs limites. Les interventions reposaient principalement sur une orientation vers les soins plutôt que sur une mise en relation active avec les professionnels. Seuls 52 à 57 % des participants auxquels des substituts nicotiniques gratuits étaient proposés les commandaient effectivement. De plus, les interventions étaient identiques quel que soit le niveau de motivation à arrêter de fumer, alors que certains participants n’envisageaient pas de sevrage immédiat. Enfin, les longues trajectoires tabagiques et les difficultés sociales et médicales des participants compliquaient l’obtention d’une abstinence durable.

Les auteurs préconisent donc des interventions plus intensives, personnalisées et longitudinales, adaptées au niveau de motivation des patients et favorisant l’accès effectif aux traitements.

En conclusion, les incitations financières constituent une stratégie prometteuse pour améliorer le sevrage tabagique et réduire les inégalités sociales de santé. Leur intégration aux dispositifs de dépistage et de prise en charge du cancer pourrait contribuer à faire du traitement du tabagisme un véritable quatrième pilier des soins oncologiques, aux côtés de la chirurgie, de la radiothérapie et des traitements systémiques.

Par Benjamin ROLLAND

En savoir plus : Opportunities and Challenges in Tobacco Treatment DOI : 10.1001/jama.2026.17144