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Quand la nicotine est promue comme produit bien‑être sur les réseaux, alors qu’elle reste une substance addictive

Tabac
Quand la nicotine est promue comme produit bien-être sur les réseaux alors qu'elle reste une substance addictive

Aux États-Unis, une évolution paradoxale accompagne l’essor du mouvement Make America Healthy Again (mouvement politique porté par Robert F. Kennedy Jr, ministre de la santé de Donald Trump qui promet de lutter contre les maladies chroniques, notamment en s’attaquant à l’alimentation ultratransformée et aux substances chimiques présentes dans l’environnement, NdT) : la nicotine est présentée comme un produit bénéfique pour la santé et pour les performances. Sur les réseaux sociaux, dans les podcasts, les communautés consacrées au bien-être et le discours de certaines start-up, des personnalités influentes dépeignent la nicotine comme une substance mal comprise, dont les bienfaits potentiels auraient été occultés par son association au tabagisme et à ses effets nocifs.

La nicotine n’est ainsi plus présentée comme une substance addictive liée au tabac, mais comme un produit naturel qui pourrait servir à tout, de l’amélioration de la concentration à la prévention du déclin cognitif. Cette tendance concerne la nicotine consommée seule, sous des formes sans combustion, comme les sachets de nicotine, ou associée à la caféine et à des substances commercialisées pour leurs effets supposés sur les capacités cognitives, appelées « nootropiques ».

En tant que médecin pneumologue et chercheuse, Hasmeena Kathuria étudie la dépendance à la nicotine et les effets du tabac et des produits contenant de la nicotine sur la santé. Les affirmations selon lesquelles la nicotine améliorerait le bien-être, la productivité et les capacités cognitives sont inquiétantes.

Distinguer la nicotine du tabac

Certains de ces arguments s’appuient sur le fait que la nicotine est une substance naturellement présente dans les plantes : principalement dans le tabac, mais aussi, à l’état de traces, dans des légumes de la même famille, comme la tomate, la pomme de terre et l’aubergine. Les défenseurs de la consommation de nicotine citent également des études suggérant qu’elle peut agir sur certains aspects des capacités cognitives et du fonctionnement du cerveau.

Mais en déduire que la nicotine améliore la productivité, la santé cérébrale, la longévité ou le bien-être va bien au-delà de ce que les études menées chez l’être humain ont démontré.

La nicotine est le principal moteur de la dépendance aux cigarettes, aux cigarettes électroniques et à la plupart des autres produits du tabac commercialisés.

Les risques les plus graves pour la santé surviennent lorsque le tabac brûle : sa combustion produit des milliers de substances toxiques, dont des substances cancérogènes, du monoxyde de carbone et des particules fines. Une exposition répétée à ces produits de combustion peut provoquer des cancers, une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), des maladies cardiovasculaires et de nombreuses autres maladies liées au tabagisme.

Si de nombreuses maladies liées au tabagisme résultent de l’exposition aux produits de combustion, la nicotine elle-même a des effets néfastes bien connus sur le cerveau et l’organisme. Elle active le système nerveux sympathique, responsable de la réaction de « lutte ou de fuite » face au danger. Cela accélère le rythme cardiaque, augmente la pression artérielle et perturbe le sommeil. La stimulation répétée de ce système peut accroître la charge de travail du cœur.

L’exposition à la nicotine est particulièrement préoccupante pendant les périodes clés du développement. Avant la naissance, elle est associée à des effets néfastes sur la croissance et le développement du fœtus. À l’adolescence, elle peut modifier les circuits cérébraux qui interviennent dans l’attention, l’apprentissage et la perception de la récompense, ce qui accroît le risque de dépendance.

Comment la nicotine modifie le cerveau

La nicotine entraîne également une dépendance en activant les circuits cérébraux de la récompense.

L’acétylcholine est un neurotransmetteur, c’est-à-dire un messager chimique du cerveau, qui intervient notamment dans l’attention, l’apprentissage, la mémoire et le traitement de l’information. La nicotine agit sur les mêmes récepteurs, dits « nicotiniques », que l’acétylcholine. Elle augmente temporairement la vigilance et l’attention. L’activation de ces récepteurs influe aussi sur la libération d’autres neurotransmetteurs, dont la dopamine, qui joue un rôle important dans la sensation de récompense et le renforcement des comportements.

Cependant, la nicotine n’agit pas comme l’acétylcholine. Ses effets durent beaucoup plus longtemps et modifient l’activité de nombreuses régions du cerveau. Lorsque l’exposition se répète, le cerveau s’adapte à sa présence : les récepteurs deviennent moins sensibles et, en compensation, leur nombre augmente. Ce mécanisme contribue à la dépendance.

En savoir plus : www.theconversation.com.