Risques associés aux paris sportifs : pour la première fois Santé publique France lance une campagne de prévention

A quelques semaines du lancement de la coupe du monde de football, Santé publique France lance une campagne de prévention dont l’objectif est de diminuer le nombre de parieurs à usage problématique (1) et d’améliorer la connaissance des risques liés aux paris sportifs, notamment chez les jeunes.

Jeux de hasard et d'argent
Addiction Jeux de hasard et d'argent - Risques associés aux paris sportifs : pour la première fois Santé publique France lance une campagne de prévention

Particulièrement addictifs, ces paris peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé et la situation sociale des joueurs qui les pratiquent et de leur entourage. La campagne « Parier, c’est pas rien », diffusée jusqu’au 22 novembre, sensibilise les joueurs et leur entourage aux risques liés à une pratique problématique et oriente vers le dispositif d’écoute et d’aide à distance Joueurs info service.

Les conséquences sanitaires et sociales des paris sportifs

Bien que la plupart des risques liés aux jeux d’argent en général (notamment les problèmes financiers et la dépendance) peuvent être connus par une majorité de joueurs, ils sont souvent mis à distance par ces derniers2,3. Chez les parieurs sportifs, ce phénomène s’avère davantage marqué, puisqu’ils ont tendance à considérer les paris moins comme un jeu de hasard que d’habileté (illusion de l’expertise). Pourtant, les conséquences sont réelles : surendettement, problèmes familiaux, isolement social et suicide4 dans les cas les plus graves.

Il existe par ailleurs un lien entre jeu pathologique et troubles mentaux, décrit dans plusieurs études en population générale5,6,7. Selon ces études, les troubles anxieux seraient près de 4 fois plus fréquents parmi les joueurs pathologiques. De la même manière, le risque de trouble de l’humeur serait multiplié par 4,4 et celui d’épisode maniaque par 8,8 parmi ces derniers.

Le tabagisme, l’usage ou l’abus d’alcool, la dépendance aux drogues sont plus fréquents parmi les joueurs pathologiques. Une étude en population générale7 a estimé que le risque de dépendance à ces produits étaient respectivement multipliés par 6,7 ; 6,0 et 4,4 parmi ces derniers.

L’enquête Baromètre santé de Santé publique France 2010 souligne également le lien entre pratique de jeu excessif et consommation d’alcool, de tabac et de cannabis (risques multipliés respectivement par 2,8 ; 1,6 et 2,0).

Par ailleurs, les conséquences psychologiques sur l’entourage peuvent être moins connues des joueurs mais représentent une large part (90%) des coûts sociaux associés aux jeux d’argent4.

L’essor des paris sportifs en France

Les paris sportifs se sont considérablement développés et popularisés en France ces dernières années8, notamment auprès d’un public jeune, particulièrement vulnérable. En effet, 72 % des parieurs ont entre 18 et 35 ans (près de 50 % entre 18 et 25 ans). Ces joueurs sont souvent issus de milieux modestes et sont plus fréquemment chômeurs.

Chaque événement sportif fait l’objet d’une pression publicitaire renforcée. Lors de l’Euro 2021, le montant des mises en ligne a atteint 434 millions d’euros, soit 3 fois plus que lors de l’Euro 2016 (141 millions €)9.  Cette pression publicitaire contribue à la normalisation de la pratique des paris sportifs10 dans la société.

En France, les paris sportifs constituent la 2ème forme de jeu la plus pratiquée en 2019, derrière les jeux de loterie : 5,2% des adultes ont parié au moins une fois dans l’année (soit 11% des joueurs). Ils sont par ailleurs la seule forme de jeu d’argent et de hasard dont la prévalence progresse entre 2014 et 2019 dans la population adulte (+ 37%). Les montants misés par les joueurs ont été multipliés par 2,8 en 5 ans.

Pourtant, le risque de jeu excessif est 5 à 6 fois plus élevé pour les parieurs sportifs que pour les joueurs de loterie.

Sur 100 parieurs sportifs, une quinzaine risque de basculer dans une pratique problématique.

Un dispositif pour informer et prévenir les risques des paris sportifs

La bascule vers le jeu problématique commence souvent par un gain, puis la perte, l’espoir de se refaire et l’escalade vers des pertes financières de plus en plus importantes entrainant situation de surendettement, conflits familiaux, difficultés psychologiques et sociales.

L’objectif de la campagne lancée par Santé publique France est de sensibiliser aux risques des paris sportifs, face à la présence très forte des opérateurs de jeu dans le quotidien des jeunes (sponsoring, publicités, émissions, sites et applications dédiés aux parieurs). Impliquée dans la prévention et la réduction des risques liés aux conduites addictives (tabac, alcool, drogues, jeux d’argent et de hasard), l’Agence déploie depuis de nombreuses années ses messages et dispositifs d’aide et d’écoute pour promouvoir des comportements favorables à la santé auprès du plus grand nombre.

Le concept de la campagne est de déconstruire les idées reçues sur les paris sportifs à travers une « émission débat » en format audio dans laquelle Mohamed Bouhafsi, journaliste sportif et Laurent Karila, addictologue interrogés par le comédien Fred Testot, décryptent la problématique des paris sportifs dans un format dynamique et spontané. Plusieurs thématiques sont abordées comme le poids des opérateurs de jeux, leurs techniques marketing, le caractère addictif des paris sportifs, ainsi que les mécanismes et les conséquences de l’addiction. Des capsules vidéos diffusées en digital, viennent compléter le dispositif d’information et seront diffusées quelques jours après le démarrage de la campagne.

La signature de la campagne « Parier, c’est pas rien » contribue à débanaliser les paris sportifs et rappelle les risques auxquels les joueurs s’exposent. Ils sont invités à retrouver plus d’informations sur le site dédié Joueurs info service de Santé publique France.

En savoir plus sur le site de Santé publique France 

1 Usage problématique défini à partir des scores du questionnaire ICJE (Indice canadien du jeu excessif), constitué par les joueurs à risque modéré et les joueurs excessifs.
2 Spurrier M, Blaszczynski A. Risk perception in gambling: a systematic review. J Gambl Stud. 2014 Jun;30(2):253-76
3 Amadieu, T. (2015), Prises de risques délibérées avec l’argent: les modalités de consommation des jeux de hasard. Revue française de sociologie. 2015/4 Vol. 56
4 INSERM 2008 – Jeux de hasard et d’argent, contextes et addictions. Expertise collective
5 POTENZA MN. Advancing treatment strategies for pathological gambling. J Gambl Stud 2005, 21 : 91-100
6 MCINTYRE RS, MCELROY SL, KONARSKI JZ, SOCZYNSKA JK, WILKINS K, KENNEDY SH. Problem gambling in bipolar disorder : results from the Canadian community health survey. J Affective Disord 2007, 102 : 27-34
7 PETRY NM, STINSON ES, GRANT BF. Comorbidity of DSM IV pathological gambling and other psychiatric disorders: results from the National Epidemiological Survey on alcohol and related conditions. J Clin Psychiatry 2005, 66 : 564-574
8 Enquêtes Baromètre santé de Santé publique France 2014 et 2019
9 Autorité nationale des jeux (ANJ) – Analyse du marché des jeux d’argent 2021

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