On le sait désormais, troubles du sommeil et addictions s’alimentent mutuellement dans un cercle délétère. Face à ce défi majeur de santé publique, comment agissent nos établissements de santé sur le terrain ?
Dans cet article, Addict’AIDE donne la parole à l’Hôpital Bichat-Claude-Bernard (AP-HP), centre de référence chronos (psychiatrie, chronobiologie, sommeil) du GHU PARIS psychiatrie neurosciences. Acteur engagé en 1ère ligne, découvrons son expertise, son modèle de soins.
Dépistage systématique, minimal du sommeil
Des questions simples, directes sur la qualité du sommeil, ses altérations récentes, posées dès les premières consultations. Objectif ? Que le sommeil devienne enfin un indicateur clé de la santé du patient addict.
Une approche diagnostique approfondie, sans précipitation
Face à une plainte de sommeil, le premier réflexe de l’équipe : ne pas prescrire immédiatement des hypnotiques.
Un parcours organisé
- L’agenda de sommeil : une étape fondamentale et éducative, accessible à tous les soignants. Le patient documente lui-même ses nuits pour en comprendre le rythme.
- Aller au-delà de « l’insomnie » : une simple plainte peut masquer des troubles très spécifiques : apnées du sommeil, mouvements périodiques des jambes, syndrome de retard de phase…
- Des outils scientifiques : échelle de sommeil, questionnaire validé pour préciser la nature exacte du trouble (insomnie, somnolence, risque d’apnée), afin d’orienter au besoin les patients vers des centres de référence.
- Efficacité thérapeutique démontrée :
« On a cette idée reçue que les patients addicts répondent moins bien aux traitements. C’est faux ! S’ils sont souvent plus durement touchés, ils répondent aussi bien aux thérapies que la population générale. » précise le Pr Pierre Alexis Geoffroy, psychiatre, médecin du sommeil, auteur du livre « La nuit vous appartient », aux éditions Robert Laffont.
Ainsi, la Thérapie Cognitivo-Comportementale de l’Insomnie (TCCI), traitement de 1ère ligne, affiche un niveau de preuve scientifique élevé chez les personnes souffrant de troubles de l’usage d’alcool, du cannabis.
Un modèle sur-mesure déployé
- Hôpital de jour dédié : exploration complète (médecin, psychologue, infirmier) qui peut inclure une polysomnographie à domicile (examen médical complet qui enregistre l’activité cérébrale, la respiration et les mouvements corporels pendant le sommeil).
- Groupes thérapeutiques ciblés (accès libre, animés en interne) qui traitent spécifiquement le sommeil (Insomnie, cauchemars : 4 séances ; Régulation émotionnelle : 8 séances). Les discussions se concentrent sur le sommeil, même si le lien avec l’addiction y est parfois abordé de manière implicite par les patients.
Traiter le sommeil, c’est donner une arme thérapeutique de plus pour consolider le sevrage et la liberté des patients.