TABAC / Décrié pendant des années, Champix serait-il le médicament le plus efficace pour arrêter de fumer ?

Médicaments / 27 juillet 2016

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Addiction Médicaments - TABAC / Décrié pendant des années, Champix serait-il le médicament le plus efficace pour arrêter de fumer ?

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La varénicline (plus connue sous le nom commercial de Champix*), fait l’objet de récentes études qui tendent à démontrer que ce médicament  peut être considéré comme relativement plus efficace que les autres pour arrêter de fumer.

On peut cependant regretter que des milliers de patients n’y aient pas eu accès pendant des années, alors même que la varénicline aurait vraisemblablement pu les aider plus efficacement que les autres traitements.

Revenir sur les raisons qui ont conduit à cette situation permettra de comprendre la difficulté qu’il y a aujourd’hui à avoir une analyse intégrant les bénéfices en proportion des risques dans les décisions concernant un médicament. En cause : les pouvoirs publics qui semblent de plus en plus privilégier la crainte d’un possible scandale sanitaire sur les bénéfices au long terme.

Les raisons qui ont poussé l’Etat à déclasser ce médicament

Des médias qui font autorité auprès des médecins ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation, en rapportant des cas insuffisamment documentés mais suffisamment alarmistes pour dissuader les médecins de prescrire la varénicline. Ils sont principalement responsables d’avoir conduit les pouvoirs publics, par l’intermédiaire de la Haute Autorité de Santé, à déclasser le médicament en le mettant en deuxième intention, et à supprimer son remboursement.

En 2007 et 2008, la revue Prescrire, média numéro un auprès des généralistes, s’appuie sur des cas d’infarctus du myocarde rapportés par l’agence européenne du médicament chez des patients utilisant de la varénicline. Pour Prescrire, c’est suffisant pour condamner le médicament, même si aucune étude n’a été menée pour confirmer la corrélation entre ce médicament et le risque d’infarctus. Par la suite, elle fera surtout état de dépressions et de suicides liés à l’usage de la varénicline et recommandera de lui préférer les traitements nicotiniques, malgré leur faible efficacité.

En plein scandale sanitaire avec l’affaire du Médiator, il semble qu’un discrédit aussi rapide porté à la varénicline, qui était alors en cours de lancement, soit imputable à la crainte des pouvoirs publics d’un nouveau scandale sanitaire. Les quelques cas cités plus haut et repris par plusieurs médias connus, notamment Libération, seront donc parvenus à créer un climat de méfiance autour du médicament pendant plusieurs années.

Il faudra attendre 2015 et 2016 pour que plusieurs études successives viennent documenter sérieusement ces risques, permettant de conclure que ces craintes n’avaient pas de réel fondement scientifique.

Non, la varénicline ne rend les fumeurs ni dépressifs ni suicidaires.

Un essai clinique randomisé mené auprès de 8 144 fumeurs, devrait amener à un réévaluation de cette situation. Publié en avril 2016 dans la revue scientifique et médicale britannique The Lancet, les 10 chercheurs ont étudié l’efficacité et la sûreté de la varénicline, du bupropion, du patch de nicotine et de placebo dans deux populations de fumeurs, l’une avec des troubles psychiatriques préexistants et l’autre sans trouble psychiatriques préexistants. Ils en ont conclu qu’il n’y avait pas plus d’évènement psychiatrique attribuable à la varénicline ou au bupropion qu’au patch nicotine ou au placebo. D’autre part, la varénicline s’est avérée être le traitement le plus efficace pour maintenir l’abstinence. Elle ajoute que les substituts nicotiniques, le bupropion/Zyban et la varénicline témoignent tous d’une efficacité supérieure au placebo, même si “la varénicline apparaît le plus efficace”.

Cette étude confirme la méta-analyse menée par l’université de Bristol et publiée dans le British Medical Journal en mars 2015, qui avait déjà permis de dresser une liste fiable des effets indésirables observés avec la varénicline. L’objectif de cette étude était de déterminer les effets neuropsychiatriques indésirables associés à la varénicline, en s’appuyant sur un total de 10761 participants. Or, elle conclue n’avoir trouvé ”aucune preuve d’un risque accru de suicide ou de tentatives de suicides, d’idées suicidaires, de dépression, et de décès avec la varénicline”. Elle n’exposerait pas non plus les usagers à un risque supérieur d’irritabilité et d’agressivité, quand on compare les résultats avec ceux du placebo.

Cette étude confirmait que la varénicline présentait certains effets indésirables tels que des troubles du sommeil, des possibilités de rêves érotiques et des risques d’insomnie et de fatigue.

Un médicament particulièrement efficace chez les femmes.

Ces analyses s’inscrivent dans la continuité d’une étude menée par des chercheurs de l’université de Yale dont les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Nicotine and Tobacco en juillet 2015. Elle montre que la varénicline est plus efficace chez les femmes que chez les hommes, en particulier pour les arrêts à court et moyen termes. Les chercheurs qui ont procédé à cette étude ont examiné un total de  6710 fumeurs, dont 34% de femmes, et se sont aperçus que les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses que les hommes  à réussir à arrêter de fumer à court et moyen terme sous varénicline.

Cette étude indique que la varénicline présente donc l’avantage de rééquilibrer une situation défavorable aux femmes, ces dernières étant habituellement plus susceptibles de refumer après une tentative d’arrêt, et plus exposées au risque de cancer du poumon que les hommes.

Elle conclue en affirmant que la varénicline est à ce jour le traitement approuvé par la FDA (la Food and Drug Administration est l’organisme américain d’évaluation des médicaments) le plus efficace pour arrêter de fumer.

Une méta-analyse publiée le 11 juillet 2016 dans la même revue, qui s’appuie cette fois sur un total de 14 389 participants, ajoute dans ses conclusions que la varénicline est plus efficace que le bupropion et les patchs nicotiniques chez les femmes qui tentent d’arrêter de fumer.

femme cigaretteCes résultats donnent d’autant plus espoir que le bupropion/Zyban* et les substituts nicotiniques produisaient de moins bons résultats chez les femmes que chez les hommes. Même au long terme les résultats sont prometteurs, car les femmes parviennent à arrêter dans les mêmes proportions que les hommes au bout d’un an (53% dans l’étude publiée en juillet 2015) soit un pourcentage de 46% supérieur à celui des femmes sous placebo.

Ce revirement de situation invite à regretter la rapidité avec laquelle ce médicament a été condamné, alors que de solides études scientifiques apportent aujourd’hui la preuve que ces critiques étaient infondées.

Prenons garde à la course à l’information

La crainte qui s’est emparée des pouvoirs publics à la lecture de l’article publié par Prescrire, parallèlement à la panique qu’a provoqué le soulèvement médiatique de l’affaire Médiator, montre qu’il est difficile aujourd’hui d’ouvrir un débat rationnel autour de certains médicaments. Cette situation est imputable principalement à des éléments qui ont peu à voir avec l’analyse scientifique : le contexte du scandale sanitaire qui a éclaté autour du Médiator et la peur du ministère de devoir faire face à un nouvel emballement médiatique, expliquent assez aisément pourquoi les pouvoirs publics ont cédé à la précipitation, même si les critiques formulées sur la varénicline étaient insuffisamment documentées.

Il serait dès lors profitable à l’ensemble des personnes qui souffrent du tabagisme, que soit réalisée une analyse solide des bénéfices-risques des médicaments qui les traitent, au regard des 73 000 personnes qui meurent chaque année en France à cause du tabac.  Ce chiffre rappelle en effet que la réalité dramatique du tabagisme mérite de prendre le temps de peser le pour et le contre de chaque médicament qui le traitent, même s’il est difficile ne pas céder aux emballements médiatiques.

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