État des lieux de l’usage à long terme des benzodiazépines entre 2006 et 2014 : une étude finlandaise publiée dans Pharmacoepidemiology and Drug Safety

Médicaments / 12 juin 2018

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Addiction Médicaments - État des lieux de l’usage à long terme des benzodiazépines entre 2006 et 2014 : une étude finlandaise publiée dans Pharmacoepidemiology and Drug Safety

L’usage à long terme de benzodiazépines et aux molécules apparentées représente un véritable enjeu de santé publique. La prévalence de cet usage à long terme varie entre 3 et 5% dans la population générale adulte, et est particulièrement fréquente chez les sujets âgés et ceux souffrant de problématiques psychiatriques. La plupart des guidelines recommandent d’utiliser les hypnotiques pour une durée maximale de 2 semaines et les anxiolytiques pour une durée de 4 à 12 semaines. En France, les recommandations médicales opposables ont établi un seuil à 4 semaines pour les hypnotiques et 12 semaines pour les anxiolytiques.

 

Les benzodiazépines ne représentent pas un groupe homogène et les substances actives diffèrent de manière significative dans leurs profils pharmacocinétiques. Ainsi, le risque d’effets indésirables, de tolérance et de dépendance varie entre les substances. Les données sont controversées concernant le profil de tolérance des différentes benzodiazépines. En effet, les molécules à longue durée d’action sont considérées comme les plus dommageables chez le sujet âgé compte-tenu d’une élimination plus lente. D’un autre côté, le risque de dépendance et d’utilisation à de fortes posologies est moindre comparé à des benzodiazépines de courte durée d’action telles que l’alprazolam et le lorazepam ou aux traitements hypnotiques apparentés benzodiazépines (encore appelés « Z-drugs »).

 

Dans cette étude longitudinale, les auteurs ont souhaité évaluer les tendances nationales de l’usage à long terme de benzodiazépines en Finlande au cours d’une période allant de 2006 à 2014. Cette étude couvrait tous les achats de benzodiazépines remboursés (n = 408 572-521 823 par an) pour les adultes inscrits au registre finlandais des ordonnances. L’usage à long terme général et plus spécifiquement celui de certains anxiolytiques benzodiazépiniques couramment utilisés (oxazépam, diazépam, alprazolam et clonazépam pour les indications non épileptiques) et hypnotiques (zopiclone, zolpidem et témazépam) ont été évalués. Les taux de persistance pour chaque substance ont été évalués séparément.

 

Les auteurs ont retrouvé que la prévalence de l’usage à long terme de benzodiazépines chez les adultes finlandais a diminué de façon significative, passant de 5,3 % à 3,6 % entre 2006 et 2014. Cependant, près de 10% des finlandais étaient des usagers de benzodiazépines, et 4% des usagers à long terme en 2014. De plus, malgré cette baisse, les auteurs ont mis en évidence une augmentation significative de l’usage à long terme du clonazépam pour des indications non épileptiques et du zolpidem (28,0 % et 17,5 %, respectivement). L’usage à long terme était courant dans la population âgée, ainsi que chez les utilisateurs d’hypnotiques ou de clonazépam. L’usage persistant pendant 9 années civiles consécutives variait entre 7,5 % pour les utilisateurs incidents d’alprazolam et 21,0 % pour les utilisateurs incidents de clonazépam.

 

La tendance générale à la diminution de l’usage des benzodiazépines, ainsi que leur usage à long terme, retrouvée dans cette étude est cohérente avec les tendances retrouvées dans plusieurs autres pays. Cependant, une étude française récente retrouvait quant à elle une diminution de l’incidence d’usage d’hypnotiques mais pas celle d’anxiolytiques. Malgré les variations entre les différents pays européens deux constantes restaient : la plus forte prévalence chez les femmes et les sujets âgés.

 

Au total, cette étude a retrouvé une tendance à la baisse de l’usage à long terme des benzodiazépines en Finlande, mais la baisse n’était pas uniforme entre les substances :  l’usage à long terme du clonazépam et du zolpidem a même augmenté. Des études de suivi apparaissent nécessaires afin d’évaluer si la baisse de l’utilisation des benzodiazépines s’accompagne d’un usage accru d’autres types d’anxiolytiques, d’hypnotiques ou d’autres formes de traitement.

 

Par Louise Carton 

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