
Dre Sarah Coscas, psychiatre addictologue, responsable de l’unité d’hospitalisation au département de psychiatrie-addictologie à l’hôpital Paul Brousse (Villejuif)
« La honte, la culpabilité, la peur du jugement : de gros freins d’accès aux soins pour les femmes qui souffrent d’un trouble addictif », alerte la Dre Sarah Coscas, psychiatre addictologue, responsable de l’unité d’hospitalisation au département de psychiatrie-addictologie à l’hôpital Paul Brousse (Villejuif).
Les femmes ne sont pas épargnées par la maladie addictive. Leurs consommations diffèrent des hommes, pour des causes diverses, selon les répercussions, les effets recherchés et des modalités qui évoluent avec l’âge.
Motivations à consommer :
Auto-thérapeutique : « pansement psychique », l’addiction est souvent précédée d’un état psychologique pathologique (mal-être, dépression, troubles anxieux, traumatismes).
Chez les jeunes femmes, les usages évoluent aussi : les consommations deviennent plus festives, banalisées (l’écart de genre s’efface peu à peu).
Types de consommations :
Des facteurs de risque propres aux femmes existent, notamment avec les violences subies (enfance, adolescence, vie adulte).
– Alcool : plutôt des alcools forts à effet rapide, surtout chez celles qui consomment en cachette.
– Psychotropes (benzodiazépines, anxiolytiques, hypnotiques) : la seule addiction où les femmes sont plus nombreuses (15,1 % vs 8 % des hommes1).
– Tabac : une légère augmentation chez les +50 ans, avec une inquiétude sur le rebond du cancer du poumon.
– Cannabis : depuis 2000, une consommation banalisée chez les jeunes femmes.
Prise en charge et complications :
-Barrières centrales : sentiment de honte (« mauvaise mère »), peur du jugement, manque de solutions de garde d’enfants.
-Vulnérabilité physiologique : les femmes métabolisent l’alcool moins bien et plus lentement.
-Complications précoces : cirrhose, troubles cognitifs, maladies cardiovasculaires… L’alcool est un facteur clé du cancer du sein (8 000 cas/an en France2).
Des besoins spécifiques en soins :
-Des lieux dédiés aux femmes (groupes d’échanges, structures) pour favoriser la parole et l’entraide.
-Des structures mère-enfant pour éviter la séparation.
-Un suivi gynécologique intégré (souvent négligé).
Il est crucial de reconnaître que l’addiction chez les femmes existe bel et bien et d’agir en conséquence !
1 Étude européenne “Gender differences in psychotropic use across Europe”, 2015 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26052073/
2 MILDECA, 2024 : https://www.drogues.gouv.fr/lalcool-facteur-meconnu-du-risque-de-cancer-du-sein