La mondialisation de l’Oxycontin® - "Ce n’est que le commencement"

Médicaments / 12 janvier 2017

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Addiction Médicaments - La mondialisation de l’Oxycontin®  - "Ce n’est que le commencement"

Article du Los angeles Times 18 Décembre 2016, traduit en français par la rédaction du Flyer

Le marché de l’Oxycontin® est moribond aux USA. Dans un pays qui subit une épidémie d’opioïde qui a tué plus de 200 000 personnes, la communauté médicale américaine se détourne des analgésiques opioïdes. Les principaux responsables de la santé dissuadent les médecins de soins de première ligne de les prescrire pour la douleur chronique, en disant qu’il n’y a aucune preuve qu’ils agissent à long terme et qu’il existe des preuves substantielles qu’ils mettent les patients en danger.

mundi pharmaPurdue Pharma, L.P. logo. (PRNewsFoto/Purdue Pharma, L.P.)

 

De ce fait, les prescriptions d’Oxycontin® ont chuté de près de 40% depuis 2010, ce qui signifie des milliards de dollars de recettes en moins pour Purdue Pharma, la firme basée dans le Connecticut.

Les propriétaires de cette firme, la famille Sackler, poursuivent donc une nouvelle stratégie : mettre l’analgésique qui a déclenché la crise des opioïdes aux États-Unis dans les cabinets médicaux à l’échelle mondiale.

Un réseau d’entreprises internationales appartenant à la famille évolue rapidement en Amérique latine, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et dans d’autres régions, et pousse à une large utilisation des analgésiques dans des endroits mal préparés pour faire face aux ravages de l’abus d’opioïdes et de l’addiction.

Dans cette campagne planétaire, les entreprises, connues sous le nom de Mundipharma, utilisent quelques-unes des mêmes pratiques de marketing controversées qui ont fait d’Oxycontin® un succès commercial aux États-Unis.

Au Brésil, en Chine et ailleurs, les entreprises organisent des séminaires de formation où les médecins sont invités à surmonter leur opiophobie et à prescrire plus d’analgésiques opioides. Ils parrainent des campagnes de sensibilisation qui encouragent les gens à demander un médicament pour leur douleur chronique. Ils offrent même des remises aux patients afin de rendre la prescription d’opioïdes plus abordable.

Le directeur général de la santé américan, Vivek H. Murthy, a déclaré qu’il conseillait à ses pairs à l’étranger d’être très prudents avec les opioides analgésiques et de retenir la leçon du faux pas américain. « Je les exhorte à être très méfiants avec le marketing autour de ces médicaments », a-t-il dit dans une interview. « Rétrospectivement, nous nous rendons maintenant compte que pour beaucoup, les risques étaient supérieurs aux bénéfices. »

L’ancien commissaire de la Food and Drug Administration Américaine, David A. Kessler qui a dirigé la FDA de 1990 à 1997, a affirmé que la non-reconnaissance des dangers des analgésiques était  l’une des plus grandes erreurs de la médecine moderne. Parlant de l’offensive de Mundipharma sur les marchés étrangers, il a dit : « C’est une stratégie empruntée au programme de l’Industrie du Tabac. Comme les États-Unis prennent des mesures pour limiter les ventes ici, la firme se positionne à l’étranger. »

Certains représentants de Mundipharma ainsi que le matériel promotionnel utilisé ont minimisé le risque addictif de leurs médicaments opioïdes. Ces allégations ont eu lieu lors de la commercialisation initiale d’Oxycontin® aux États-Unis à la fin des années 1990 et Purdue a trompé les médecins à propos de ce risque addictif. Purdue et trois cadres ont plaidé coupable en 2007 aux accusations fédérales de publicité non conforme et ont été condamnés à payer 635 millions de dollars.

La DEA (Drug Enforcement Administration) a déclaré en 2003 que le marketing agressif, excessif et inapproprié de la firme a beaucoup contribué à l’abus et au trafic d’Oxycontin®.

Purdue était une petite entreprise pharmaceutique de New York quand les frères Mortimer et Raymond Sackler, tous deux psychiatres, l’ont achetée en 1952. Le succès spectaculaire d’Oxycontin® a généré près de 35 milliards de chiffre d’affaires au cours des deux dernières décennies et fait des Sackler l’un des familles les plus riches du pays. Trois générations de la famille supervisent maintenant Purdue et les firmes étrangères associées à Mundipharma.

Les membres de la famille ainsi que les responsables qui dirigent leurs filiales à l’étranger ont refusé d’être interviewés pour cet article. Dans un communiqué, Mundipharma International, basé à Cambridge, Angleterre et responsable des opérations européennes, a déclaré qu’il était « conscient des risques d’abus et de mésusage des opioïdes » et qu’il « s’appuyait sur les expériences et les leçons tirées des États-Unis pour s’attaquer à ce problème. »

Mundipharma a déclaré que ces efforts incluent la demande d’enregistrement réglementaire en Europe pour une formulation d’Oxycontin® déjà vendue aux États-Unis qui dissuade certaines formes d’abus (abuse-deterrent) et l’introduction du Targin (association d’oxycodone et de naloxone), un autre analgésique opioïde, avec également des propriétés dissuasives. (ndlr : voir à ce propos l’e-dito n° 4, juillet 2015. Mésusage des opioïdes (douleur et substitution) et nouvelles galéniques, solutions ou problèmes !)

« Mundipharma s’engage à développer des médicaments sur ordonnance pour les professionnels de la santé pour traiter les patients souffrant de douleur en toute sécurité et de manière responsable », indique le communiqué. Des vidéos promotionnelles en faveur de Mundipharma, qui présentent des personnes souriantes de diverses ethnies, suggèrent que les entreprises considèrent le succès américain d’Oxycontin® comme un simple commencement.

« Ce n’est que le commencement », déclarent les vidéos.

 Opiophobie mondiale

Joseph Pergolizzi Jr. est un médecin de Floride, propriétaire de plusieurs entreprises commerciales. Il dirige une clinique de traitement de la douleur et a cofondé une société de recherche sur les drogues. Il a inventé une crème analgésique en vente libre qu’il vend sur la télévision par câble et il sert d’expert pour une société de vente en ligne de compléments nutritionnels. Il parle aussi des opioïdes aux médecins étrangers pour le compte de la firme Mundipharma.

En Avril, Pergolizzi était à Rio de Janeiro lors d’un séminaire sur la douleur cancéreuse parrainé par la firme. Pendant une heure, Pergolizzi a fait une conférence en anglais aux médecins sur l’utilisation d’opioïdes pour les patients cancéreux et pour ceux qu’il appelait atteints de la peine de mort de la douleur chronique. Le Brésil a intensifié son utilisation d’analgésiques ces dernières années, a-t-il dit, mais « le niveau est encore faible par rapport aux États-Unis, au Canada et l’Europe. »

« Je pense malheureusement que vous n’avez pas tous les outils dont vous avez besoin pour bien soulager la douleur », a t-il dit, selon une vidéo du séminaire affichée en ligne par Mundipharma. Des consultants comme Pergolizzi jouent un rôle déterminant pour aider Mundipharma à surmonter l’un de ses plus grands obstacles à la vente d’opioïdes analgésiques à l’étranger : la crainte des médecins à prescrire des stupéfiants. Pendant des générations, les médecins ont appris que les analgésiques opioïdes sont très addictifs et devraient être utilisés avec parcimonie et principalement chez les patients au seuil de la mort.

Les dirigeants et les consultants de Mundipharma appellent cela opiophobie et les principaux représentants de la société ont déclaré publiquement que le succès sur de nouveaux marchés ne sera possible qu’en venant à bout de cette idéologie. Des discours comme celui de Pergolizzi présentent les ‘painkillers’ comme une approche moderne soutenue par des experts de premier plan aux États-Unis.

Mundipharma a présenté Pergolizzi au groupe Brésilien comme un professeur des facultés de médecine Johns Hopkins et Temple. Des articles de revues médicales publiés en 2015 et 2016 avec un financement de Mundipharma ou en collaboration avec ses scientifiques l’ont diversement identifié comme membre du corps professoral des facultés de médecine Johns Hopkins, Temple et Georgetown. En fait, il est professeur adjoint à Johns Hopkins et il n’a pas été affilié à Georgetown depuis 2010 ou à Temple depuis 2014, selon la direction de l’école.

Demandé de s’expliquer, Pergolizzi a dit par email qu’il avait « des problèmes de paperasserie à Temple que je règle avec leur pleine coopération » et qu’il était en discussion avec Georgetown au sujet d’un poste d’adjoint. « Je n’ai jamais intentionnellement déformé … mes affiliations universitaires », écrit-il dans un autre courriel. Un porte-parole de Temple a déclaré que l’université n’avait « aucune raison de croire qu’il aurait une relation future avec la faculté », et un porte-parole de Georgetown a déclaré : « Nous ne sommes pas en pourparlers avec ce monsieur. »

Les documents gouvernementaux indiquent que Purdue et d’autres firmes pharmaceutiques américaines ont payé Pergolizzi plus de 1 million de dollars depuis 2013 pour le travail de consultant, des conférences et autres services, ainsi que les remboursements de voyage. Les dossiers ne comprennent pas les paiements qu’il peut avoir reçus d’entreprises pharmaceutiques étrangères telles que Mundipharma. Lors de sa présentation à Rio, il a rapidement passé une diapositive listant les 16 firmes pharmaceutiques pour lesquelles il avait travaillé.

Après le lancement d’Oxycontin® par Purdue aux États-Unis en 1996, la société a organisé des séminaires de formation similaires pour des spécialistes – connus dans le marketing pharmaceutique en tant que key opinion leader/ principaux leaders d’opinion – dans le domaine de la douleur. Les médecins étaient invités à des week-ends tous frais payés dans des sites de villégiature comme Boca Raton en Floride et Scottsdale en Arizona. La firme a constaté que les médecins qui ont assisté aux séminaires en 1996 ont rédigé plus du double de prescriptions (d’oxycodone) que ceux qui n’y ont pas participé, selon la propre analyse de l’entreprise. Plusieurs milliers de ces spécialistes sont enregistrés au ‘’Bureau des Conférenciers’’ de la firme Purdue qui les a rémunérés pour faire des discours sur les opioïdes lors de conférences médicales et dans les hôpitaux.

Le Dr Barry Cole, psychiatre à Reno et spécialiste du traitement de la douleur, a commencé à donner des conférences sur l’Oxycontin® pour Purdue l’année où le médicament a été lancé sur  le marché. Au cours des dernières années, il a joué un rôle consultatif dans les opérations internationales de la société qu’il a décrit dans un CV en ligne comme un rôle d’ ‘ambassadeur de la douleur’, enseignant l’utilisation d’opioïdes aux médecins en Colombie, au Brésil, en Corée du Sud, aux Philippines, en Chine et à Singapour.

« Tout effet secondaire est réversible lorsque le traitement est interrompu, et il n’y a pas de dommages permanents pour le corps », a déclaré Cole en 2014 lors d’une conférence de spécialistes  de la douleur à Veracruz, au Mexique, selon un compte-rendu de la présentation publié sur les sites Web de santé du Mexique.

Dans une interview avec le Times, Cole a dit qu’il a fait les présentations à l’étranger en dépit d’une profonde méfiance à l’égard de l’Oxycontin® et de médicaments similaires aux États-Unis. Témoin de l’épidémie d’opioïde, de l’effet des opioïdes sur ses patients et la lecture d’articles scientifiques sur les médicaments, tous ces éléments l’ont amené, a-t-il dit, à conclure dès 2010 que les analgésiques étaient trop dangereux pour la plupart des patients souffrant de douleur chronique.

« Nous avons pensé que nous pouvions nous contenter de mettre tout le monde sous opioïdes, et que tout serait pour le mieux » a affirmé Cole. « Et ça n’a pas fonctionné et les conséquences ont été plus dramatiques qu’aucun d‘entre nous n’avait prévu. »

Il a défendu son travail de promotion des opioïdes auprès de médecins étrangers, affirmant que les malades en phase terminale mouraient dans la douleur dans de nombreux endroits qu’il visitait. Il a dit qu’il n’a jamais esquivé les questions sur les abus et n’avait aucun moyen de savoir si ses entretiens ont conduit les médecins à prescrire plus d’opioïdes.

« Vous arrivez, faites une présentation et vous reprenez l’avion et disparaissez » dit-il. Il a dit qu’il a cessé de faire des apparitions pour Mundipharma l’année dernière.

Ricardo Plancarte Sanchez, médecin spécialiste de la douleur à Mexico, qui occupe un poste à l’institut national du cancer du Mexique est un important leader d’opinion qui a assisté aux séminaires de Cole. Plancarte parle maintenant lors des séminaires Mundipharma au Mexique. Lors d’une interview, il a déclaré que son but était d’aider à « démystifier l’utilisation des opioïdes dans le traitement de la douleur chronique » et qu’il n’a pas été payé pour ses apparitions.

« Nous devons travailler plus à l’éducation des gens pour qu’ils utilisent plus d’analgésiques », dit Plancarte. Il a dit qu’il n’était pas responsable si on assistait à des abus à grande échelle et à un problème d’addiction au Mexique. « Si nous éduquons nos médecins aussi bien que nos patients, il y aura une meilleure utilisation des médicaments qu’aux États-Unis », a-t-il dit.

Parlons gros sous

La douleur non traitée est un fléau mondial. Chaque année, des millions de personnes atteintes d’un cancer ou de SIDA en phase terminale meurent dans une agonie inutile, selon les Nations Unies. Le problème est  plus aigu dans les pays les plus pauvres.

Stefano Berterame, un responsable aux Nations Unies, affilié à l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants à Vienne, travaille pour augmenter l’accès aux opioïdes dans les pays rencontrant des pénuries. Il a dit que la majeure partie du problème mondial pourrait être résolue avec ‘de la morphine bon marché’, mais que la vente de ce produit avait peu d’attrait pour les firmes pharmaceutiques multinationales. « Ce n’est pas très rentable », a-t-il dit. « Les entreprises préfèrent commercialiser des préparations plus coûteuses. »

Purdue facture des centaines de dollars un flacon pour un mois de traitement par Oxycontin® aux Etats Unis. La morphine générique, qui fournit un soulagement similaire de la douleur, peut coûter aussi peu que 15 cents par jour.

Mundipharma n’est pas seul à rechercher de nouveaux marchés pour les opioïdes à l’extérieur des Etas Unis. L’année dernière, deux autres fabricants, Teva et Grunenthal, ont chacun acheté des firmes pharmaceutiques au Mexique.

Mundipharma vend des médicaments pour diverses affections, y compris l’asthme, le cancer et l’arthrite, mais les analgésiques opioïdes sont le cœur de la gamme de produits. Dans son expansion mondiale, Mundipharma est à la recherche de pays riches avec de bons systèmes de soins ou de larges classes moyennes émergentes. Et il s’attaque aux patients en assez bonne santé pour en faire des clients à long terme. « Si votre marché se limite aux cas de cancer en phase terminale, alors votre marché est relativement limité … », a déclaré Berterame. « Si vous élargissez aussi le marché à la douleur chronique, alors on parle de beaucoup d’argent. »

Rebellez-vous contre la douleur

En quête de nouveaux patients en Espagne, Mundipharma a choisi des ambassadeurs assurés d’attirer l’attention : Les célébrités nues. Une série d’actrices topless, de musiciens et de modèles regardent la caméra et disent à d’autres espagnols de cesser de regarder leurs maux et douleurs comme un élément  normal de la vie. « Ne vous résignez pas » a déclaré Maria Reyes, modèle et ancienne Miss Espagne, dans un spot télévisé en 2014. «La douleur chronique est une maladie en elle-même», a ajouté la chanteuse pop Conchita. Cette publicité d’une minute faisait partie d’une campagne nationale développée et financée par Mundipharma pour sensibiliser à la douleur chronique – Rebélate Contra el dolor (Rebellez-vous contre la douleur).

Les publicités ne recommandent pas un traitement ou un médicament spécifique, mais incitent vivement ceux qui souffrent à consulter un professionnel de la santé – qui fait partie des milliers formés par la firme dans l’utilisation des opioïdes.

La campagne fait partie d’une stratégie visant à redéfinir les maux de dos, les douleurs articulaires et autres maladies courantes comme une maladie distincte – la douleur chronique – que les médecins et les patients devraient prendre au sérieux.

Les patients souffrant de douleur chronique, qui remplissent les ordonnances mois après mois et souvent année après année, ont généré des milliards de dollars de ventes pour Purdue aux Etats Unis. Les chercheurs de l’Université de la Caroline du Nord ont analysé les dossiers des patients prenant de l’Oxycontin® à des dosages de 30 milligrammes ou plus – des doses communes pour le médicament – et ont constaté que plus de 85% étaient diagnostiqués  avec des douleurs chroniques de différents types.

En Espagne, l’utilisation d’analgésiques est à la hausse. Les ventes de la firme ont été multipliées par sept depuis 2007, a déclaré un dirigeant de Mundipharma dans une interview de 2014 sur un blog de l’industrie.

Cesar Margarit, spécialiste Espagnol de la douleur et consultant pour Mundipharma, a déclaré que les publicités de célébrités jouaient le rôle de service public en incitant les patients qui étaient « réticents à reconnaitre  qu’ils souffraient de la douleur» à prendre un traitement. Vous avez des célébrités disant : « J’ai une douleur chronique. » [Les patients] disent : « OK, s’ils peuvent le dire, je peux aussi », a déclaré Margarit. « L’impact en Espagne a été très important. »

La société a supprimé les spots « Rebellez-vous contre la douleur » de sa chaîne YouTube cet automne – après que The Times ait soumis des questions à la société sur la campagne contre la douleur chronique. Un porte-parole a déclaré que les vidéos avaient été retirées parce que le programme était inactif.

Partout dans le monde, les filiales de Mundipharma citent des statistiques suggérant qu’il y a un besoin important et non satisfait pour leurs produits. En ouvrant un bureau au Mexique en 2014, les dirigeants de Mundipharma ont déclaré que 28 millions de citoyens souffraient de douleur chronique. Au Brésil, la société a cité un chiffre de 80 millions. En Colombie, l’année dernière, un communiqué de presse de l’entreprise indiquait que 47% de la population – environ 22 millions de personnes – ont été affecté par cette ‘épidémie silencieuse’. Un sondage 2011 aux Philippines conçu et financé par la firme conclut que «le gouvernement devrait reconnaître la douleur chronique comme un problème de santé spécifique » et devrait améliorer l’accès aux médicaments contre la douleur.

Les autorités sanitaires Américaines disent que les opioïdes ne sont pas la solution aux douleurs chroniques. Les Centres pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC) ont déclaré cette année que les preuves que les médicaments soulagent la douleur chez les patients suivant le traitement depuis plus de trois mois sont insuffisantes. Le CDC a affirmé que jusqu’à 24% des personnes prenant des médicaments depuis longtemps deviennent dépendantes.

Certains représentants de Mundipharma à l’étranger ont suggéré publiquement que le danger de leur antalgique est exagéré. Comme les responsables de la santé publique aux États-Unis émettaient leur dernier avertissement concernant l’abus d’analgésique l’an dernier, un responsable de Mundipharma a été cité dans un journal de Séoul disant que les médecins coréens s’inquiètent trop de l’addiction. « Mais de nombreuses études ont montré qu’il est presque impossible pour ceux qui souffrent d’une douleur chronique ou sévère de devenir accro aux narcotiques, tant que le médicament est utilisée pour soulager la douleur », a affirmé Lee Jong-ho au Korea Herald. Lee n’a pas pu être contacté pour d’autres commentaires.

Willem Scholten, un responsable retraité de l’Organisation mondiale de la Santé que Mundipharma a rémunéré pour parler lors de conférences médicales, a déclaré que le président Obama, les responsables de la santé publique et les médias ont exagéré la crise des opioïdes sur ordonnance aux Etats Unis. L’augmentation de l’addiction et des décès étaient largement dus à l’abus de drogue à des fins récréatives, a-t-il affirmé. « Le problème est le taux élevé de criminalité », a déclaré Scholten, le pharmacien néerlandais lors d’un entretien. « Si [d’autres pays] établissent de bons règlements, ils ne rencontreront pas de problèmes similaires. » Il a affirmé qu’il n’y a pratiquement aucune preuve que les patients douloureux abusent des médicaments.

Sharon Walsh, experte en addiction de l’Université du Kentucky qui conseille le FDA sur les risques de médicaments contre la douleur, a estimé que ces assertions étaient complètement fausses. « C’est exactement la même chose qu’ils enseignaient aux médecins aux Etats Unis lorsqu’ils ont lancé l’Oxycontin® dans ce pays », a déclaré Walsh, qui dirige le Centre Universitaire sur la Recherche sur les Drogues et l’Alcool.

Le Google de l’industrie pharmaceutique

Les opérations de Mundipharma dans le pays en développement sont dirigées depuis un élégant bureau à Singapour avec une ambiance Silicon Valley. Il y a des poufs, une ‘zone de détente’ et un bar à thé, et les employés sont encouragés à penser à la société comme à une start-up habile et créative – « le Google de l’industrie pharmaceutique », selon les propres mots d’un dirigeant.

Après l’introduction d’Oxycontin® aux États-Unis, la filiale canadienne de Purdue et la société Mundipharma australienne ont commencé à promouvoir l’analgésique dans ces pays. Au cours de la dernière décennie et demie, les deux ont rencontré des problèmes du même type que ceux vécus aux Etats Unis,  notamment le trafic de drogues, l’addiction et les décès.

Mundipharma s’est tourné vers les pays en voie développement en 2011, alors que les ventes commençaient à baisser aux Etas Unis. Selon l’Institut Quintiles-IMS pour l’informatique de la santé, les pays en voie de modernisation rapide sont censés dépenser plus de 20 milliards de dollars en médicaments antidouleur d’ici 2020. Mundipharma s’est étendu d’abord en Asie, puis en Amérique latine, puis au Moyen-Orient et en Afrique, ayant finalement une présence dans 122 marchés en cours de développement.

Le coût élevé des médicaments de marque reste une barrière dans beaucoup de pays en voie de développement, mais Mundipharma a cherché des moyens de s’adapter. Au Brésil, la firme a lancé cette année un programme qui offre aux patients des rabais sur le coût des pilules. Purdue a utilisé des coupons aux États-Unis qui offraient aux patients une prescription initiale gratuite pour l’Oxycontin®. Environ 34 000 coupons ont été rachetées avant que la société mette fin au programme lorsque les problèmes liés aux abus se sont développés, selon un rapport du Congrès.

Le chiffre d’affaires de Mundipharma Emerging Markets, la société basée à Singapour qui surveille les opérations dans les pays  en voie de développement, a augmenté de 800% au cours des cinq dernières années pour atteindre environ 600 millions de dollars par an. Un porte-parole Mundipharma a déclaré que la croissance comprenait les revenus des transactions que les sociétés ont réalisées avec d’autres fabricants pour vendre des produits non opioïdes.

Raman Singh, dirigeant de Mundipharma Emerging Markets, a déclaré publiquement que le traitement de la douleur en Asie est au  1/50ème de ce qu’il devrait être. La moitié des ventes mondiales de l’entreprise dans les pays en voie de développement, qui comprend des produits autres que les analgésiques, proviennent déjà de Chine, selon Mundipharma et la Chine est au centre de la stratégie globale de Mundipharma.
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Le gouvernement Chinois a promis que 1,4 milliards de citoyens bénéficieront de l’assurance maladie d’ici la fin de la décennie, et la société travaille rapidement pour s’établir comme le leader du marché des médicaments contre la douleur. Depuis 2011, Mundipharma a embauché plus d’un millier d’employés, la plupart des commerciaux, et est maintenant présent dans 300 villes. Des milliers de médecins Chinois ont assisté à des séminaires de formation sur les médicaments Mundipharma, et la firme revendique 60% du marché de la douleur cancéreuse. Mundipharma a parrainé des essais cliniques d’Oxycontin® et de Targin® dans les hôpitaux à travers le pays. Il reste cependant un crainte profonde des opioïdes provenant des défaites Chinoises au XIXe siècle lors des Guerres de l’Opium qui ont laissé des millions d’addicts.

En vertu de règlements gouvernementaux stricts, les patients peuvent acheter l’Oxycontin® seulement à l’hôpital ou dans un autre établissement médical, et ne peut recevoir qu’une prescription de 15 jours. Relativement peu de Chinois utilise les analgésiques Mundipharma contre la douleur chronique en raison de leur prix élevé.

Mundipharma courtise les patients chinois avec une campagne encourageant les gens à prendre les médicaments que prescrivent leurs médecins. Dans une vidéo sur le site Web de l’entreprise, un patient âgé atteint d’un cancer qui a peur de devenir accro aux analgésiques est corrigé par son infirmière. « Vous ne serez pas dépendants si vous suivez les instructions du médecin », lui dit-elle. La vidéo a été retirée du site cet automne à l’époque ou The Times a interrogé les représentants de la compagnie à ce sujet. Interrogés sur ce retrait, un porte-parole de l’entreprise a répondu : « Les programmes et les campagnes changent fréquemment et le contenu est mis à jour souvent. »
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Mundipharma Emerging Markets a déclaré dans un communiqué: « Nous attachons  une grande importance à promouvoir nos médicaments contre la douleur de manière équilibrée et responsable de façon à ce que les bons médecins prescrivent les bons médicaments aux bons patients. »

Un gros problème

Les responsables de la santé publique en Europe s’inquiètent beaucoup moins de la dépendance aux opioides analgésiques que leurs homologues américains. Les systèmes de santé gouvernementaux dans de nombreux pays suivent les ordonnances, ce qui fait qu’il est plus difficile d’obtenir de grandes quantités de médicaments opioïdes pour abus ou trafic qu’aux États-Unis. Mais lorsqu’une équipe de chercheurs internationaux a mené récemment la première enquête à grande échelle sur l’abus des drogues en Europe, ils ont trouvé ce que l’enquêteur principal décrit comme un problème important avec l’abus de prescription opioïde.

« Les taux d’abus d’analgésiques sont semblables à ceux des États-Unis au début des années 2000 avant que l’épidémie ait réellement commencé », a déclaré Scott Novak lors d’une interview, un scientifique de RTI International, organisme à but non lucratif de Caroline du Nord.

En Espagne, 18% des personnes interrogées reconnaissent avoir abusé des analgésiques au cours de leur vie, selon l’étude publiée en août. À travers l’Europe, les personnes avec des ordonnances étaient huit fois plus susceptibles d’abuser de médicaments. « Ils sont potentiellement sur le point de connaître un problème majeur de santé publique si les prescriptions augmentent », a déclaré Novak.

Mundipharma International a contesté cette conclusion. L’entreprise a déclaré que l’abus d’analgésiques est moins un problème en Europe qu’aux États-Unis, en partie à cause d’une réglementation plus stricte des pharmacies et des systèmes de santé publique. Mundipharma a déclaré qu’il menait une étude des abus en Grande-Bretagne et en Allemagne et que les premiers résultats suggèrent que dans ces pays, l’abus de prescription d’opioïdes est inférieur à 1%.

Dans un pays Européen – Chypre – l’abus d’Oxycontin® est un problème reconnu. Mundipharma a commencé à commercialiser l’analgésique en 2008 sur l’île méditerranéenne d’1 million d’habitants. La couverture de santé publique a rendu le médicament moins cher que l’héroïne et les toxicomanes ont commencé à écraser et à sniffer les comprimés.

Les agents qui ont répondu aux overdoses connaissaient peu l’expérience américaine avec les analgésiques. Stelios Sergides, un officier de la Police Nationale de Chypre, a déclaré que la première fois qu’il a entendu le mot Oxycontin®, il avait dû faire une recherche en ligne. Depuis 2013, les autorités ont lié six morts à ce médicament. «C’est un gros problème, un gros problème», a déclaré Sergides.

Mundipharma a déclaré qu’il était profondément perturbé par les décès à Chypre et a  suggéré que la faute revient à un centre de réhabilitation qui utilise Oxycontin® pour traiter la dépendance à l’héroïne, une pratique que l’entreprise ne recommande pas.

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L’article du Times Los Angeles de décembre 2016

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