» retour

Série TV / “Dope“, une mini série documentaire Netflix

 

Cette mini-série américaine en quatre épisodes, diffusée sur la chaine Netflix, en est à sa deuxième saison, et continue à faire dans le sensationnel. Mais si l’on met de côté la voix off dramatisante, la musique encombrante et le manichéisme du traitement de la thématique abordée, il y a de quoi récolter un certain nombre d’informations intéressantes. La série fait le choix de présenter en parallèle le point de vue de dealers, de consommateurs et de policiers. Chaque épisode traite d’un produit différent et du trafic qui y est associé.

Pour cette saison deux, on commencera avec la cocaïne, dont la demande est croissante aux Etats-Unis. On suivra le parcours d’acheminement du produit depuis sa fabrication jusqu’à sa consommation (en poudre, ou transformée en crack). Une région est particulièrement visée pour sa situation géographique privilégiée, les Caraïbes, plaque tournante d’un trafic qui inondera les côtes américaines via la Floride, et ce depuis que Pablo Escobar s’aventurera sur cette route dans les années quatre vingt…

Le deuxième épisode est consacré lui au trafic de méthamphétamine et particulièrement à la crystal meth, stimulant puissant qui se présente sous forme de cristaux, et qui vit de beaux jours dans l’Indiana où la police va chercher du côté des petits laboratoires clandestins qui ont proliféré ces dernières années. La substance y est fabriquée artisanalement, dans des conditions de sécurité plus qu’aléatoires, et ressemble de plus ou moins près ou loin à celle produit en plus grosse quantité dans des laboratoires “professionnels“ qui diffusent une meth plus pure et donc plus puissante…

Le troisième épisode nous invite à la rencontre de la molly de Détroit. “molly“ est le nom donné aux Etats-Unis à la MDMA, molécule active de l’ecstasy. Les trafiquants adaptent leur prix au marché et surtout au niveau financier de ses consommateurs. Le marché est très concurrentiel, et chacun des dealers doit essayer de faire sa place dans des milieux festifs en forte demande de sensations fortes…

Enfin, le dernier épisode est consacré au deal d’héroïne à Atlanta, en forte progression ces dernières années, progression concomitante à la consommation en hausse des pain-killers, opioïdes sous prescription comme le Fentanyl (50 à 100 fois plus puissant que l’héroïne), responsable d’un nombre considérable d’overdoses. Le fentanyl se retrouve aussi de manière aléatoire dans certaines poudres de mauvaise qualité que les dealers veulent “booster“. Des testeurs, cobayes humains, sont alors sollicités pour vérifier la bonne ou mauvaise “qualité“ du produit avant de le diffuser…

Bien entendu, pour chaque épisode, les enjeux et motivations, “de chaque côté de la loi“ (formule présentée dans le générique), sont toujours les mêmes : pour les consommateurs, se procurer un produit de qualité et retirer de son usage le maximum de satisfactions sans se faire trop de mal ; pour les dealer, leur vendre et gagner un maximum de dollars en un minimum de temps pour éventuellement se retirer du marché par la suite ; et pour les policiers, intercepter les produits et mettre hors d’état de nuire des trafiquants présentés comme des “vendeurs de mort“, et donc “méchants coupables“ de la prolifération des drogues sur le sol américain. Ce modèle reste inchangé depuis des décennies, car il est inhérent à la prohibition des drogues et au marché clandestin qui en découle naturellement. Seuls les hommes ont changé. Tant qu’il y aura de la demande, il y aura de l’offre, et il y aura des gendarmes pour essayer d’empêcher que l’une et l’autre se rencontre… en vain, semble-t-il, depuis que la prohibition existe. Et pourtant l’on continue de se glorifier des quantités saisies, avec cette sensation que l’on ne fait que vider l’océan à la petite cuillère. Les bonnes intensions sont là pourtant… On remarquera que se sont souvent les petits dealers qui tombent, car plus accessibles, plutôt que les gros qui se cachent et savent recruter dans un marché du travail plus que précaire…

  • Partager l'article sur

A consulter aussi


Article scientifique

Vaut-il mieux initier un MSO en prison ou à la sortie de prison ?

En France, la prise en charge addictologique des détenus est peu codifiée, et soumise à des problèmes d’efficacité inhérents au fonctionnement propre des prisons, et à un turn-over parfois rapide des soignants en raison de conditions de travail parfois difficile. L’articulation des soins est souvent dysfonctionnante entre les structures addictologiques pénitentiaires et celles de l’extérieur, malgré des initiatives parfois innovantes et remarquables.


Le 31 Jan 17