Zoom sur les maladies inflammatoires de l’intestin et les maladies auto-immunes.

Maladies auto-immunes et tabac

Lien entre tabac et scléroses en plaques

La Sclérose en plaques est une maladie complexe et multifactorielle, dont les causes restent à ce jour inconnues. Elle résulte de l’association de facteurs génétiques et environnementaux, dont la consommation de tabac.
Le risque de développer une SEP serait augmenté de 1,5 fois chez les fumeurs par rapport aux non fumeurs. Cette corrélation serait dose-dépendante.
Chez les malades continuant à fumer, la conversion en SEP secondairement progressive a lieu en moyenne 8 ans plus tôt que chez ceux ayant arrêté de fumer.
L’intoxication tabagique tant active que passive, est à considérer comme un facteur de risque modifiable de déclenchement et d’aggravation de la sclérose en plaque.

Lien entre tabac et maladies rhumatologiques

Le tabagisme est un facteur de risque environnemental très important dans l’apparition de maladies rhumatologiques, comme la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux systémique et la spondylarthrite ankylosante .
Le risque est d’autant plus important que la personne fume beaucoup et depuis longtemps

Plusieurs études ont montré une corrélation entre l’usage du tabac et une augmentation des douleurs musculosquelettiques régionales ou étendues.
Fumer aggrave la sévérité de ces maladies et augmenterait la fréquence des complications extra articulaires pour la polyarthrite rhumatoïde (en particulier complications cardiaques).

Sources:
Revue du Rhumatisme MonographiesVolume 85, Issue 1, February 2018
Revue du Rhumatisme Monographies, Volume 82, Issue 1, February 2015, Pages 3-6
Rôle des facteurs d’environnement dans les spondyloarthrites, Revue du Rhumatisme, Volume 78, Issue 2, March 2011, Pages 173-179, Dr. Sophie Mohr et Pr. Thibault Moreau, président du CMS ARSEP, Neurologues à Dijon (Article de la Lettre 95 de la Fondation ARSEP)

Les maladies inflammatoires digestives de l’intestin

Maladie de Crohn

Le tabac favorise le développement de la maladie de Crohn et aggrave son évolution. La maladie de Crohn survient plus fréquemment chez les fumeurs dont le risque relatif de développer cette affection est 2 fois plus élevé que chez les sujets n’ayant jamais fumé sans relation avec la quantité de cigarettes consommée. Une fois déclarée, la maladie de Crohn a une évolution plus sévère chez les fumeurs même chez ceux dont la consommation est faible (moins de 10 cigarettes par jour). Le nombre de poussées chez le patient ayant une maladie de Crohn est augmenté de 50 % et associé avec une prescription plus fréquente d’une corticothérapie ou d’immunosuppresseurs.
Un patient ayant une maladie de Crohn et qui continue de fumer perd 50 % de chance de pouvoir stabiliser la maladie.
Le pourcentage de personnes atteintes de la maladie de Crohn et qui fument est d’environ 40 à 50 % selon les pays et selon les études. Le tabac a un effet pro-inflammatoire, il facilite l’inflammation et par conséquent, il aggrave. C’est une règle dans toutes les maladies inflammatoires. En effet, le tabac aggrave aussi la polyarthrite rhumatoïde, le tabac aggrave le lupus. Donc, ce n’est pas une caractéristique de la maladie de Crohn.

Un rôle “protecteur” dans la rectocolite hémorragique (RCH)

Ce qu’il faut bien comprendre dans le tabac est que le fait de fumer va augmenter la concentration en oxyde de carbone dans le sang. Une forte concentration d’oxyde de carbone dans le sang, ralentit la vascularisation sanguine. Les tissus sont donc bien moins oxygénés et sont plus réactifs, ils s’inflamment plus facilement.
Le facteur le mieux identifié est le tabac : Le tabac protège contre la RCH et améliore son évolution alors qu’il favorise le développement de la maladie de Crohn et aggrave son évolution. La RCH survient moins fréquemment chez les fumeurs avec un risque relatif de développer cette affection 2,5 fois moins élevé que chez les sujets n’ayant jamais fumé.
Cet effet protecteur tend à être d’autant plus marqué que la quantité de cigarettes consommée est élevée. Environ 10 % des patients sont fumeurs au moment du diagnostic de RCH, alors que le pourcentage de fumeurs est de 25 à 40 % dans la population adulte de même âge et de même origine. L’effet du tabac semble être seulement suspensif. En effet, le risque de survenue d’une RCH est augmenté chez les ex-fumeurs par un facteur 1,7.
Une fois déclarée, la RCH est moins sévère chez les fumeurs. Elle s’étend moins souvent vers le côlon proximal, elle nécessite plus rarement le recours à la corticothérapie et plus tardivement à la chirurgie.
L’arrêt de l’intoxication aggrave la maladie et sa reprise l’améliore. Enfin, chez les patients qui ont commencé à fumer après le début de la RCH, la fréquence des poussées est diminuée. La nicotine transdermique est un traitement efficace des poussées de RCH, mais ce traitement n’a pas d’effet préventif sur leur survenue.

Efficacité thérapeutique de la nicotine

L’efficacité thérapeutique de la nicotine au cours des poussées de RCH suggère qu’elle est responsable de l’effet bénéfique du tabac dans cette maladie. Au cours de la RCH, il existe une diminution de la production des glycoprotéines du mucus et une augmentation de la perméabilité colique. Le tabac augmente l’épaisseur du mucus et réduit la perméabilité de la muqueuse colique, ce qui pourrait contribuer à protéger les patients ayant une RCH ou susceptibles de l’avoir.
Si le tabac est clairement un facteur de risque et aggravant de la maladie de Crohn, il a des effets ” bénéfiques ” dans la rectocolite hémorragique si on omet sa considérable dangerosité …
En effet, il exerce un effet protecteur non seulement dans la survenue de la maladie RCH mais également dans son évolution clinique. Une équipe australienne a effectué une revue de la littérature afin de mieux identifier ces effets positifs : La Rectocolite hémorragique est 3 fois moins fréquente chez les fumeurs que chez les non-fumeurs et paradoxalement,50 à 60% des malades atteints de Maladies de Crohn sont fumeurs.
À noter que pour la RCH: Chez les fumeurs dont le diagnostic de la maladie a été fait après l’introduction du tabac, la maladie est moins grave que chez les ex-fumeurs et les non-fumeurs. Certaines études ont même montré un effet dose dépendant. De même, chez des fumeurs ” intermittents “, l’évolution de la maladie est rythmée par la consommation de tabac avec une exacerbation des symptômes pendant les périodes d’abstinence et leur réduction lors de la reprise du tabagisme suggérant une action rapide des mécanismes impliqués. De nombreuses études ont montré l’aggravation du risque de développer une RCH dans les premières années du sevrage tabagique. Concernant le recours à l’hospitalisation, chirurgie, corticoïdes ou immunosuppresseurs, les résultats sont plus contradictoires.

Importance de la rechercher préclinique et clinique

Des travaux ont été effectuées sur des modèles animaux. Malgré la critique de ne pouvoir comparer la durée d’exposition chez la souris à l’exposition chronique chez l’homme, des résultats intéressants ont été mis en évidence comme l’action différente de la nicotine sur le petit et le gros intestin (sécrétion de prostaglandines, microcirculation, cytokines..) expliquant probablement les effets divergents du tabac sur la maladie de Crohn et la RCH. Concernant le monoxyde de carbone, il réduit les lésions colique et l’inflammation chez la souris.
Bien évidemment, compte tenu de sa toxicité, aucune étude n’est envisageable chez l’homme ! Forts de ces constations sur la nicotine, des études cliniques contre placébo, chez l’homme ont été réalisées montrant l’action supérieure des patches de nicotine par rapport au placébo dans l’induction de la rémission chez des malades atteints de RCH active. Cette efficacité est inférieure à la mise en route d’un traitement par corticostéroïdes mais semble durer plus longtemps ! Beaucoup d’études se sont concentrées sur la nicotine, rien n’indique aujourd’hui que ce soit le seul composant actif du tabagisme qui modifie le risque et l’inflammation dans la RCH.
La nicotine pourrait néanmoins trouver sa place chez des patients réfractaires à tous traitements conventionnels. Cette revue de la littérature montre l’importance de nouveaux travaux de recherche précliniques et cliniques pour mieux comprendre l’effet bénéfique du tabac dans la RCH, identifier le ou les principes actifs, le mode d’administration optimal (intra-veineux, oral, transcutané, intra-rectal, inhalation) et aboutir à court terme à une nouvelle stratégie thérapeutique sans effet indésirable.

L’arrêt du tabac, un bénéfice rapide

Par ailleurs: L’ancienneté du tabagisme sur la Maladie de Crohn ne joue pas de rôle et ça, c’est un message très important, c’est-à-dire que le fumeur qui s’arrête se retrouvera dans la même situation qu’un non-fumeur, comme s’il n’avait jamais fumé. Et les années qu’il a passées à fumer sont oubliées par le Crohn. Autant elles ne sont pas oubliées en ce qui concerne le risque du cancer du poumon et autres maladies cardiovasculaires… mais pas dans le Crohn. Lorsqu’on s’arrête de fumer, on obtient un bénéfice assez rapide. À la différence de maladies cardiovasculaires, le bénéfice va être rapide : dans l’année qui suit l’arrêt du tabac.

Article sur les pathologies inflammatoires digestives: Ingrid Rotolo