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Un hypo-métabolisme cérébral dans l’addiction aux jeux vidéo ? Une étude parue dans Progress in Neuropsychopharmacology and Biological Psychiatry

Depuis 2018, l’addiction aux jeux vidéo est officiellement reconnue comme une maladie par l’Organisation Mondiale de la Santé, au même titre que l’addiction aux jeux d’argent ou que l’addiction aux substances. Outre le temps passé à jouer, pour être reconnue comme telle, cette addiction comportementale doit impacter significativement le fonctionnement normal du sujet, au niveau familial, scolaire ou professionnel par exemple.

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Addiction Autres addictions comportementales - Un hypo-métabolisme cérébral dans l’addiction aux jeux vidéo ? Une étude parue dans Progress in Neuropsychopharmacology and Biological Psychiatry

Plusieurs dysfonctionnements ont été mis en évidence dans l’addiction au jeux vidéo, tels qu’un manque d’inhibition du comportement, des modifications dans le système de la récompense, ainsi qu’un craving (ou envie irrépressible d’effectuer le comportement). Or, ces différents éléments sont retrouvés dans d’autres troubles d’usage de substances (par exemple l’addiction à la cocaïne) où il a été montré au niveau cérébral des anomalies structurales et fonctionnelles dans certaines régions importantes telles que le cortex préfrontal, le striatum ou encore le système limbique. Le cortex préfrontal est très étudié en addictologie notamment pour sa fonction « régulatrice du comportement », par exemple en modulant l’impulsivité ou en facilitant l’inhibition d’un comportement

Partant de l’hypothèse que ces anomalies pourraient être mises en évidence de façon indirecte par des modifications du métabolisme du glucose, principale source d’énergie du cerveau, les chercheurs ont mis au point l’étude présentée. Une centaine de volontaires ont été recrutés pour cette étude puis divisés en trois groupes : un groupe de personnes souffrant d’addiction aux jeux vidéo, un groupe de personnes souffrant de trouble de l’usage d’alcool et le dernier groupe sans trouble (groupe contrôle). Grâce à des techniques d’imagerie utilisant des marqueurs spécifiques (imagerie en PET-FDG), le métabolisme glucidique au niveau cérébral a pu être visualisé.

Les résultats montrent un hypo-métabolisme du glucose prédominant dans le cortex préfrontal, ainsi que dans d’autres régions cérébrales, chez les personnes souffrant d’addiction aux jeux vidéo. Cet hypo-métabolisme est également retrouvé chez les personnes ayant un trouble de l’usage d’alcool. En d’autres termes, il a été retrouvé une hypo-activité de ces régions cérébrales, régions dépensant moins d’énergie donc potentiellement moins sollicitée que chez les sujets normaux. Cependant, l’un des biais importants de cette étude est l’âge des participants de l’étude. L’addiction aux jeux vidéo étant plus susceptible de commencer dès l’adolescence, voire l’enfance, les personnes recrutées dans ce groupe étaient bien plus jeunes que celles des autres groupes. Or on sait que la maturation cérébrale n’est complète que vers l’âge de 25 ans. Les auteurs n’ont pas apparié les sujets contrôle en fonction de l’âge.

Il parait donc impossible d’affirmer que les anomalies retrouvées dans le métabolisme cérébral pour ce groupe sont dues aux troubles addictifs. Toutefois, cette étude apporte de nouveaux arguments sur l’atteinte d’une balance d’activité entre région préfrontale et région sous-corticale dans les troubles addictifs, et manifestement, cette anomalie de fonctionnement cérébral pourrait également concerner les addictions comportementales comme l’addiction aux jeux vidéo. Quels pourraient-être les débouchés concrets de cette hypothèse ? En pratique, on voit les nouvelles techniques de stimulation cérébrale qui ciblent le préfrontal dans les troubles addictifs. Des techniques de remédiation cognitive se développent dans le champ addictologique, et elle se concentrent parfois sur les fonctions exécutives et la planification des tâches ainsi que le contrôle des impulsions, autant de fonction qui sont l’apanage du cortex préfrontal, et qui sont souvent déficientes chez les sujets avec trouble addictif.

 

Julia DE TERNAY

Service Universitaire d’Addictologie de Lyon (SUAL)

Benjamin ROLLAND

Service Universitaire d’Addictologie de Lyon (SUAL)

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